Peut-on concilier vie familiale et ambition professionnelle ? đź‘‹

đź‘‹ = Compte rendu de room Clubhouse

D’abord, c’est quoi Clubhouse ?

Clubhouse est un rĂ©seau social basĂ© sur la voix et le live. On y rejoint des rooms dans lesquelles les personnes sur scène discutent d’un sujet. On peut lever la main pour ĂŞtre invitĂ© Ă  monter sur scène et partager son avis ou poser une question aux autres participant•es. Un peu comme l’Ă©mission de France Inter Le tĂ©lĂ©phone sonne, sauf que n’importe qui peut crĂ©er une room sur le sujet de son choix, et qu’on lève la main plutĂ´t que de tĂ©lĂ©phoner pour intervenir.

En préparation des articles du Paternel, on a souvent des discussions intéressantes (au café quand cela était encore possible, plutôt par téléphone ces temps-ci) avec des experts et expertes de la thématique abordée.

On s’est dit qu’il pourrait ĂŞtre enrichissant d’avoir ces discussion en live et en public, sur Clubhouse justement. Pour que les personnes disponibles au moment du live puissent avoir un accès direct Ă  ces expert•es, et partager leurs tĂ©moignages et questions. Le compte rendu des discussions sera ensuite publiĂ© sur Le Paternel.

Ceci est le compte rendu de notre première room sur le thème « Concilier vie familiale et ambition professionnelle ? ».

Avec Patrice Bonfy du Paternel et Remixt, Suzanne Lahlou de Marketing Mums, Pascal Van Hoorne de Histoires de papas et Jour 2, Selma El Mouissi de Haigo, Olivier Blanchard de Parentissime, Delphine Cochet de Ma Bonne fée, et quelques intervenant•es supplémentaires qui seront présenté•es au fil du compte rendu.

Le dĂ©clic de l’Ă©quilibre pro/perso

Une question qui se pose quand on devient parent ?

Avant d’avoir des enfants, estime Suzanne, la question du temps et de l’Ă©nergie consacrĂ©e Ă  son travail ne se pose pas vraiment. MĂŞme en travaillant beaucoup, il est assez facile de se dĂ©tendre, d’avoir une vie sociale, de se consacrer Ă  une passion, etc.

L’arrivĂ©e d’un enfant bouleverse cet Ă©quilibre intuitif. Et on ne l’anticipe pas forcĂ©ment. Delphine confirme qu’elle faisait partie de celles qui disaient « devenir maman ne va rien changer Â». En rĂ©alitĂ©, cela a changĂ© pas mal de choses, et sur le long terme, pas seulement pendant les premiers mois de l’enfant. Suzanne ajoute qu’on ne peut pas savoir Ă  l’avance comment la parentalitĂ© va bouleverser notre Ă©chelle de valeurs. Qu’est-ce qui a de l’importance ? Et qu’est-ce qui en a moins ?

Pour Selma, la question de l’adaptation de ses conditions de travail Ă  la parentalitĂ© s’est effectivement posĂ©e avec sa grossesse. Elle travaille dans une entreprise jeune Ă  tous les sens du terme : crĂ©Ă©e il y a 5 ans et avec une moyenne d’âge plutĂ´t basse. Sa future parentalitĂ© et la parentalitĂ© rĂ©cente de quelques autres collègues leur ont donnĂ© envie de rĂ©flĂ©chir Ă  quelques amĂ©nagements pour les salarié•es parents.

Ou que l’on devrait se poser avant ?

Olivier regrette que l’on se pose souvent la question de la conciliation pro-perso trop tard. Ă€ l’arrivĂ©e d’un enfant, on cumule manque de sommeil, stress et rythme de fou : on n’est pas dans les meilleures dispositions pour rĂ©flĂ©chir sereinement Ă  des dĂ©cisions de vie importantes. Est-ce que l’on ne devrait pas inciter les futurs parents Ă  y penser plus tĂ´t ? Dans les entreprises ? Et pourquoi pas pendant leurs Ă©tudes ?

Pascal, qui donne des cours de management humain dans plusieurs Ă©coles supĂ©rieures, constate que la nouvelle gĂ©nĂ©ration de salarié•es se pose fortement la question de l’Ă©quilibre pro-perso. La sĂ©mantique de l’ambition professionnelle ne leur parle pas vraiment. Ils rĂ©flĂ©chissent Ă  leur future vie professionnelle et personnelle comme un tout, et veulent kiffer. Si possible en ayant un impact sur le monde, mais pas au dĂ©triment de leurs aspirations personnelles.

Quel rĂ´le de l’employeur dans l’Ă©quilibre pro/perso ?

L’implication de l’employeur sur cette problĂ©matique peut avoir un effet direct sur sa capacitĂ© Ă  attirer et retenir des talents. Selma cite l’exemple d’un contact professionnel qui a renoncĂ© Ă  une intĂ©ressante proposition de poste dans une autre entreprise parce que cette entreprise ne proposait pas de place en crèche, et ne semblait pas prĂŞte Ă  s’intĂ©resser au sujet quand il leur en a parlĂ©.

Alors, en prĂ©paration de son futur accouchement, Selma a obtenu l’accord de son employeur Haigo de travailler avec les jeunes parents de l’agence sur une sĂ©rie de mesures qui pourraient leur permettre de mieux concilier parentalitĂ© et travail. Ils ont brainstormĂ© ensemble sur leurs enjeux de parents, Ă©tudiĂ© ce qui se passait ailleurs, consultĂ© les conventions collectives des autres agences du groupe auquel Haigo appartient. Au final, ils ont prĂ©sentĂ© 14 mesures, dont 11 ont Ă©tĂ© acceptĂ©es. 3 mesures trop coĂ»teuses dans le contexte actuel seront rĂ©Ă©valuĂ©es trimestriellement.

Parmi les mesures mises en place : 10 jours de congĂ© payĂ© « imprĂ©vu » sans justificatif (parce qu’il n’y a pas que le cas « enfant malade » qui peut empĂŞcher un parent de venir sereinement au travail), et la possibilitĂ© de tĂ©lĂ©-travailler Ă  100% pendant la première annĂ©e d’un enfant.

Selma a d’ailleurs Ă©crit un article pour documenter la mĂ©thode employĂ©e et le dĂ©tail des mesures mises en place pour favoriser l’Ă©quilibre pro-perso des jeunes parents chez Haigo.

Nicolas Pasetti nous rejoint sur scène pour suggĂ©rer que la clĂ© cĂ´tĂ© employeur est de faire preuve de flexibilitĂ© et de confiance. Selma est d’accord, mais elle estime qu’il peut ĂŞtre bĂ©nĂ©fique de clarifier ce qui est « permis », pour qu’il n’y ait pas d’inĂ©galitĂ© entre les salarié•es qui osent, et celles et ceux qui n’osent pas.

Pour Olivier, ce bĂ©nĂ©fice d’un cadre prĂ©cis est encore plus vrai dans les grandes entreprises. Les personnes en charge des ressources humaines ne peuvent pas ĂŞtre derrière chaque manager. Et si le manager n’est pas Ă  l’Ă©coute des Ă©ventuelles Ă©volutions du curseur ambition/famille de chaque membre de son Ă©quipe, la flexibilitĂ© sans cadre peut ĂŞtre dure Ă  appliquer.

Pascal confirme qu’il est crucial de sensibiliser et former les managers. Mais aussi l’ensemble des Ă©quipes. Parce que la flexibilitĂ© et la confiance nĂ©cessitent que chacune et chacun rĂ©flĂ©chisse Ă  son impact sur le reste de l’Ă©quipe.

Delphine ajoute que l’on peut complĂ©ter la formation et la sensibilisation par des solutions permettant Ă  l’entreprise de comprendre l’expĂ©rience et les attentes de ses salarié•es. Elle conclut sur l’idĂ©e que les dispositifs de financement ou co-financement (prime de naissance, place en crèche, aide Ă  domicile) sont bien sĂ»r très bien reçus par les salarié•es, mais qu’il y a aussi plein de « petites » choses Ă  faire, qui ne sont pas forcĂ©ment coĂ»teuses comme l’a montrĂ© Selma.

Marie-Laure intervient pour citer le livre Merci mais non merci de CĂ©line Alix, qui dĂ©crit bien les raisons pour lesquelles de plus en plus de femmes quittent de brillantes carrières pour construire leur propre Ă©quilibre. Elle aimerait que les entreprises s’emparent du sujet, mais ce n’est pas gagnĂ© : dans un entretien rĂ©cent, on lui a dit « Ă  ce poste, impossible de partir avant 21h Â».

Et si on crĂ©e son entreprise ?

Devenir son propre patron, ou sa propre patronne : est-ce la solution parfaite pour Ă©quilibrer vie familiale et ambition professionnelle ? Qu’est-ce qu’on y gagne ? Et qu’est-ce qu’on y perd ?

RĂ©ussir Ă  s’Ă©quilibrer ?

Suzanne estime que l’entrepreneuriat tel que l’on se le reprĂ©sente est souvent associĂ© Ă  un investissement de son temps Ă  100%. Après une première expĂ©rience sur un projet qui ne lui permettait pas de trouver l’Ă©quilibre dont elle avait besoin, elle a choisi de se relancer sur un mode de slowpreneuriat. Le coeur de son activitĂ© est le travail en freelance, et elle dĂ©veloppe son rĂ©seau de Marketing Mums Ă  son rythme.

Dans la mĂŞme veine, Pascal a choisi de ne plus se qualifier d’entrepreneur, mais d’indĂ©pendant. La charge mentale n’est pas du tout la mĂŞme. On est juste responsable de soi-mĂŞme. Reste le stress financier bien sĂ»r, mais il lui arrive de refuser des missions, et donc des revenus, s’il sent que cela lui coĂ»tera trop de temps et d’Ă©nergie qu’il souhaite consacrer Ă  sa famille.

Olivier ajoute que l’entrepreneuriat lui a permis de mieux assumer ses contraintes professionnelles vis-Ă -vis de sa famille. Ce n’est plus seulement « il faut bien que papa travaille pour ramener de l’argent Â» mais « je dois investir du temps pour dĂ©velopper ce projet dont je suis fier Â». On peut plus facilement crĂ©er un dialogue positif autour de son travail.

Audrey et Siham interviennent pour partager leur expĂ©rience. La première nous explique comment elle a appris Ă  « se mettre des oeillères Â» pour que les images de rĂ©ussite partagĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux (son terrain de jeu) ne l’empĂŞchent plus de dĂ©crocher quand elle souhaite ĂŞtre prĂ©sente pour sa famille. La seconde pour confirmer que le statut d’indĂ©pendante lui permet dĂ©sormais d’ĂŞtre maĂ®tre de son emploi du temps, et de ne se faire presque plus imposer d’horaires.

Ou s’Ă©quilibrer pour rĂ©ussir ?

Delphine avait quittĂ© son statut de salarié•e pour pouvoir tout faire Ă  fond : travailler toute la journĂ©e, rĂ©cupĂ©rer les enfants tĂ´t pour passer la fin de journĂ©e avec eux, se remettre au travail une fois les enfants couchĂ©s. Elle s’est « laissĂ© embarquer Â» et, comble pour quelqu’un dont le mĂ©tier est de favoriser l’Ă©panouissement des parents dans les entreprises, ce rythme l’a Ă©puisĂ©e, et le confinement l’a achevĂ©e. Elle a donc dĂ©cidĂ© de revoir son modèle. DĂ©sormais, c’est fin du travail Ă  18h30, temps pour soi, et cours de yoga. Et cela ne nuit pas Ă  son entreprise, au contraire. Elle est devenue la première utilisatrice de sa solution, plutĂ´t que d’ĂŞtre « la cordonnière la plus mal chaussĂ©e Â».

Nicolas rebondit sur cette question des plages horaires Ă  se fixer. En tant qu’entrepreneur•se, on n’aura de toute façon jamais assez des 24h d’une journĂ©e pour faire tout ce que l’on voudrait faire pour dĂ©velopper son entreprise. RĂ©server du temps pour sa famille, c’est l’opportunitĂ© de renouveler sa rĂ©serve d’Ă©nergie pour mieux tirer profit de son temps de travail disponible.

Pour Patrice, chercher Ă  trouver l’Ă©quilibre entre vie familiale et ambition professionnelle peut aussi ĂŞtre une manière de rĂ©ussir les deux encore mieux. Il cite l’exemple de Jonathan Benhamou qui, devenu papa très jeune alors qu’il crĂ©ait sa première sociĂ©tĂ©, a rapidement voulu, pour lui-mĂŞme et l’ensemble de ses salarié•es, appliquer cette dĂ©finition du bonheur : « Avoir envie de se lever le matin pour aller lĂ  oĂą on va. Avoir envie de partir le soir pour rentrer lĂ  oĂą on rentre Â». Cette philosophie et l’hygiène de travail qui en dĂ©coule lui ont permis de dĂ©velopper son entreprise jusqu’Ă  la vendre 300 millions de dollars Ă  un groupe amĂ©ricain.

Pour conclure, Pascal ajoute que la notion d’Ă©quilibre n’est jamais figĂ©e. On peut d’ailleurs accepter et assumer des pĂ©riodes de dĂ©sĂ©quilibre, cĂ´tĂ© pro avec un gros projet Ă  boucler par exemple, ou cĂ´tĂ© perso pour s’occuper de ses enfants en temps de confinement. Reste Ă  retomber sur ses pieds, en ajustant son emploi du temps, ou sa dĂ©finition de l’Ă©quilibre.

Pour ne pas manquer nos prochaines rooms, cherchez et suivez « Patrice Bonfy » sur Clubhouse. Si vous avez une idĂ©e de room ou si vous voulez une invitation pour rejoindre l’application, n’hĂ©sitez pas Ă  nous contacter.