Par le sang versé ! Mode d’emploi des plaies superficielles

7 minutes de lecture pour devenir expert en bobologie. Tes enfants te diront merci :

  • 1 entrée en matière provençale, ambiance « La gloire de mon père »
  • 6 critères pour décider si une plaie nécessite d’aller à l’hôpital
  • 2 types de douleurs à distinguer : physiologique et psychologique
  • 7 techniques d’hypnotiseur du dimanche pour calmer la douleur psychologique
  • 3 conseils de traitement de la plaie : stopper le sang, nettoyer et couvrir
  • 3 alternatives « humides » au pansement traditionnel « sec »
  • 4 différentes étapes de la cicatrisation naturelle
  • 2 points de vigilance pour une cicatrisation optimale

 


 

À l’attaque

L’air sur la colline était pur ce matin. Le soleil réchauffait le visage des dix qui montaient d’un pas franc sur les pentes herbeuses pour surprendre leurs adversaires, de l’autre côté.

Le sol était dur par endroit. On apercevait des cailloux. Mais le plus grand danger était la rosée déposée sur l’herbe fraîche. Elle glissait horriblement. On patinait à chaque pas.

Enfin, ils étaient en haut et pouvaient apercevoir ceux de l’autre côté, innocents, affairés à tourner en rond sur des machines de métal. Une chose était certaine : ils ne s’attendaient pas à subir un assaut.

Le signal retentit : « À l’attaaaaque ! »

Les dix s’élancèrent d’un bond dans la pente humide avec le vacarme d’une cavalcade sauvage. Rien ne pouvait les arrêter. Ceux d’en bas relevaient la tête, cherchant l’origine du tumulte.

La chute d’Albert (pas Camus)

Soudain, le drame : une basket trop lisse sur une motte trop mouillée, le pied qui fuse, le corps qui s’affaisse. La chute. Un caillou. Le genou qui déguste.

L’enfant est à terre, ahuri pendant quelques secondes, comme réveillé par surprise.

Un regard vers son genou. La blessure est là. Le liquide rouge pourpre coule et tâche le tissu. Le blessé se sent très mal, le choc a été violent. Il appelle du renfort en regardant le ciel.

“Papaaaaaaaaa” (oui ok, c’est plus souvent “Mamaaaaaan”)

Le père et la mère, entendant ses cris, bondissent sur leurs pieds en s’imaginant le pire. Par le sang versé, leur fils, Albert, est blessé.

Qu’est-ce que tu vas faire ?

Tu es plutôt du genre allergique à la vue du sang, qui manque de tourner de l’oeil et panique encore plus que l’enfant ? Ou dur de dur, qui refuse de seulement reconnaître la réalité d’une blessure “qui ne va pas te tuer, alors arrête maintenant !”?

Première question : faut-il activer l’option médecin-pompier-hôpital ?

Des professionnels de la santé doivent prendre le relais si :

  • la plaie est trop étendue (plus de la moitié de la paume de la main de l’enfant)
  • l’enfant a du mal à bouger le membre blessé
  • le saignement ne s’arrête pas
  • des saletés restent collées (sans frotter)
  • la plaie est une morsure
  • l’enfant n’est pas à jour de ses vaccins contre le tétanos

Intéressons-nous ici au petit bobo qui saigne. Celui qui n’a pas besoin d’ambulance mais met tout de même en jeu des mécanismes complexes et passionnants.

Il y a douleur et douleur

La plaie superficielle déclenche deux types de douleurs, bien différentes :

  • La douleur physiologique, à laquelle on pense spontanément. C’est le message nerveux transmis par la plaie au cerveau pour prévenir qu’il y a une brèche dans le système
  • La douleur psychologique, qui ne doit pas être oubliée. C’est la réaction panique du cerveau, non seulement à la douleur physiologique, mais à tout le contexte qui l’entoure : la surprise de la chute, le choc, la vue du sang, l’air paniqué des badaux et des parents. C’est en réalité cette douleur qui gouverne le comportement de l’enfant suite à sa blessure

Ce sont tout simplement la “peur” et le “mal” de l’expression “plus de peur que de mal”.

“Même pas peur”

Parfois, il n’y a littéralement pas de peur. Juste un peu de mal.

La sensation de douleur physiologique de la plaie est surpassée par la dynamique du jeu qui continue. L’enfant se relève et repart sans penser plus longtemps à son bobo, surtout s’il ne voit pas tout de suite ses parents.

Ce n’est qu’à l’heure du bain que le regard horrifié du papa ou de la maman rappellera la blessure. Il sera alors temps de traiter l’écorchure comme il se doit, en tâchant de ne pas réveiller à posteriori la douleur psychologique précédemment contenue.

Plus de peur à calmer, que de mal à soigner

C’est le cas le plus fréquent. La conjonction de la surprise, du sang, et de la douleur physiologique déclenche un état de panique. La vue de ta tête de parent horrifié encourage cette réaction. L’enfant reconnaît en toi une opportunité de se décharger du stress de l’incident et se met à exprimer à grands cris et pleurs le besoin basique : « occupe toi de moi ».

À la différence du bobo “fermé”, l’écorchure, même minime, ne peut pas disparaître instantanément. Le bisou magique ne fonctionne pas. On ne peut pas faire mine d’attraper la douleur, et demander à l’enfant de souffler dessus pour la faire s’envoler. Le sang est LÀ.

C’est tout un art que de rassurer l’enfant, en prenant soin de lui, sans renforcer sa panique, en s’intéressant de trop près à la plaie.

Les gestes de traitement de la blessure doivent être accomplis avec un maximum de calme et de douceur (facile à dire, mais pas forcément si facile à faire quand tu te fais hurler dessus à chaque mouvement).

Et n’hésite pas à faire appel à tout ton arsenal d’hypnotiseur du dimanche :

  • Demande lui de respirer profondément, montre lui l’exemple
  • Fais-le se concentrer sur un son, une odeur, de l’environnement
  • Parle lui de choses qui le rassurent : sa famille, sa maison, son goûter
  • Apporte lui une chose qui le rassure : son doudou, un bonbon, sa maman
  • Berce-le
  • Rappelle-lui son courage lors d’un précédent épisode boboesque héroïque
  • Fais doucement tourner l’articulation blessée pour lui montrer qu’elle bouge normalement

Il s’agit de débrancher le cerveau de l’enfant du circuit de la douleur ressentie, pour le rebrancher sur un circuit de confiance envers autrui.

Les gestes de traitement

D’abord, il faut arrêter le saignement. Pour cela, compresse la plaie, avec un tissu propre ou une compresse stérile (qui porte bien son nom), de quelques secondes à quelques minutes (si plus long, voir l’option médecin-pompier-hôpital ci-dessus).

Quand cela ne saigne plus, le boulot n’est pas terminé :

  1. La plaie ouverte est une invitation de tous les microbes du coin à venir infecter ton enfant. Tu veux l’éviter
  2. Selon le type de blessure et la manière dont tu gères la plaie, la cicatrice sera inexistante ou marquée. Sans dramatiser, autant faire de ton mieux pour la minimiser

Un bobo tout propre

Pour bien nettoyer tout ça, asperge la blessure avec de l’eau, ou idéalement du sérum physiologique, et, toujours, un tissu propre ou une compresse stérile (pas de coton qui bouloche et risque de laisser plus de saletés).

Quand c’est bien propre. On désinfecte. Il y a dans ta pharmacie toutes sortes de solutions désinfectantes à base d’alcool, d’iode ou de chlorhexidine. On préfère celles qui ne sont pas à base d’alcool, parce qu’elles piquent moins. Et on évite les solutions colorées à l’ancienne (ah les bons souvenirs de Mercurochrome), parce qu’elles masquent la cicatrisation que tu veux surveiller.

Sache qu’il y a débat sur l’utilité de l’étape de désinfection, jugée par certains plus nocive (allergies potentielles, chairs abîmées) qu’efficace (résultat similaire au lavage à l’eau). Dans tous les cas, l’infection potentielle doit être surveillée et, en cas de doute (douleur, gonflement, rougeur, chaleur, purulence), une visite chez le médecin s’impose d’urgence.

Un bobo bien couvert

Le pansement est la touche finale classique. Il rassure en masquant cette plaie que l’on ne saurait voir. Il est encore mieux accueilli quand il est décoré de fleurs, de voitures ou de Pokemons.

Mais, déception, le pansement “classique” devrait peut-être plutôt être qualifié de “ringard”. En plus de couvrir la plaie, ce qui est bien, il l’assèche, ce qui n’est pas top. En effet, la science a démontré depuis les années 60 que la cicatrisation en milieu humide était plus rapide et moins susceptible de laisser des traces que la cicatrisation en milieu sec.

Alors 3 solutions, selon la plaie et la tolérance de ton enfant :

  • Mettre régulièrement de la crème hydratante et réparatrice sous le pansement La Reine des Neiges (pour décoller le pansement sans douleur, imbibe-le précédemment de liniment bien gras)
  • Utiliser un pansement dédié à la cicatrisation en milieu humide. Demande à ton pharmacien ce qu’il te recommande, ou cherche sur Google
  • Étaler de l’argile verte. Un produit naturel et pas cher qui désinfecte, couvre la plaie et maintient, appliqué en couche suffisamment épaisse, un degré d’humidité adapté à une bonne cicatrisation. Cela s’achète en poudre, à mélanger soi-même, ou en tube prêt à l’emploi. Il ne reste plus qu’à convaincre ton enfant que la terre que tu veux lui étaler dessus est aussi efficace que son pansement Batman

Nature, fais ton ouvrage

La cicatrisation, aussi appelée hémostase, est un processus complexe qui se déclenche automatiquement chez tous les êtres humains (sauf chez les hémophiles, mais dans ce cas les parents sont formés et équipés de médicaments coagulants).

Sans cette pathologie, la peau de l’enfant est tel un médecin urgentiste professionnel. Elle s’occupe de tout, elle a le stock de produits adaptés et elle va les utiliser. Son seul point faible est qu’elle communique très mal sur ses compétences. L’enfant n’a aucune idée de ce qu’il se passe. Heureusement, tu es là pour le cajoler et lui faire penser à autre chose.

La cicatrisation commence par arrêter le sang de couler : les plaquettes sanguines, de minuscules morceaux de cellules, forment un premier bouchon.

Puis débarquent les fameux globules rouges. Ceux là sont les renforts, plus lents mais plus costauds. Ils coagulent ensemble et forment un caillot, la « bulle rouge » qui rassure tout le monde puisqu’elle indique que le sang ne coule plus.

Enfin la fibrine, une colle moléculaire, va cimenter le tout. À ce stade-là, on peut raisonnablement le dire : l’enfant est sauvé.

Des heures plus tard démarre la destruction lente de ce bouchon alors que la reconstruction de la peau et la reconstitution de la chair commencent. Le derme et l’épiderme régénèrent leurs structures respectives : vaisseaux, terminaisons nerveuses et tissus conjonctifs.

Le fameux picotement ressenti le lendemain correspond à la reconstruction des petits nerfs dans la peau. Attention à ce qu’il n’encourage pas un arrachement de pansement/croûte/argile prématuré. Ou la cicatrisation devra recommencer.

Une blessure pas trop vite oubliée

Pour achever la cicatrisation dans les meilleures conditions :

  • Protège la zone de cicatrisation du soleil pendant au moins 6 mois (vêtement, sparadrap résistant à l’eau en cas de baignade, chapeau ou écran total appliqué régulièrement)
  • Masse quotidiennement la zone avec de la crème hydratante. Cela aura un effet notable sur l’épaisseur et la souplesse de la cicatrice.

Enfin, la peau redeviendra à peu près rose et lisse, et surtout, la colline pourra à nouveau trembler.

TanguyPar Tanguy, rédacteur invité
Tanguy a 34 ans dont 8 ans de paternité. Professeur de SVT dans un collège marseillais (d'où l'anonymat), il nous enseigne la biologie des enfants, et des parents. En quête perpétuelle du statut du père, il tente de comprendre comment partager, dans la joie et l'amour, sa vie avec celle de ses petites filles de 5 et 8 ans.

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Crédit photo : Jordan Whitt

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