Itinéraire d’un papa gâté : Jonathan Benhamou, co-fondateur de PeopleDoc

Suite à la cession remarquée de sa société cet été, revenons sur l’itinéraire d’un papa gâteau et gâté : l’ami Jonathan Benhamou, co-fondateur de PeopleDoc. Un papa impliqué qui réussit, c’est utile pour faire progresser les mentalités. Et si la paternité avait même été un moteur essentiel de son succès ?

Un entrepreneur né (presque en même temps que son premier fils)

À 25 ans, tout juste sorti d’école de commerce, alors que l’encre des statuts de sa start-up Novapost (future PeopleDoc) n’avait même pas fini de sécher, Jonathan a reçu une nouvelle, soyons franc, imprévue : il allait devenir papa. Après mûres réflexions, Céline (la future maman) et lui ont décidé qu’ils étaient prêts, malgré leur relative jeunesse, à se lancer dans la grande aventure de la parentalité.

Les hommes français ont leur premier enfant à 31 ans en moyenne. Pour les bac+2/5/12, cela grimpe à 33 ans. Autant dire que John a pris de l’avance sur ses copains de promo et ses co-fondateurs fraîchement diplômés. La naissance a d’ailleurs été un événement. Ses amis, aussi novices que lui en matière de bébés, ont rappliqué à la maternité dès les premières contractions, un lundi matin ; pour repartir bredouilles au soir tombé. Et oui, un premier accouchement dure en moyenne 13h. Plutôt 20 pour le premier fils de Céline et John, qui est finalement né tôt le lendemain matin. 3,45 kilos. La maman allait bien.

Apéro entre amis avec le fils de John
Le fils en question, quelques dizaines de mois plus tard, avec les amis sus-cités

1. Sa paternité lui a donné des idées de boîtes (pour compenser une certaine culpabilité ?)

C’était il y a 10 ans. La scène technologique française, pas encore baptisée French Tech, émergeait. Jonathan levait des sommes importantes sur son projet. L’ambiance était plus à « just do it » qu’à « prends soin de toi ». Signer les contrats de sa levée de fond en blouse bleue à la maternité, il fallait le faire. Il l’a fait.

Il a quand même eu le bon réflexe de s’octroyer 5 semaines de congé paternité. Aidé en cela par le fait qu’on était en juin-juillet. Puis il est retourné travailler. A-t-il immédiatement trouvé le bon équilibre entre vie pro et vie perso ? Pour répondre à cette question, examinons 2 idées de business qu’il aimait à cette époque décrire à qui voulait bien les écouter :

  • Un service de mise en relation de mamans novices avec des mamans expérimentées. Son idée était de mettre en place un numéro surtaxé permettant à tout moment à une maman novice ayant une question de discuter avec une maman expérimentée, rémunérée au temps passée. Et les papas dans tout ça ? Doudoucare a depuis été lancé sur un modèle pas très éloigné, sauf que ce sont des professionnels de santé que l’on peut contacter.
  • Une application pour enregistrer la voix du papa et faire écouter à son enfant n’importe quelle histoire ou berceuse « comme si papa était là ». La startup CandyVoice semble avoir réalisé son rêve. Au moins pour les histoires. La fonctionnalité « comptine » n’a pas encore été lancée. Si tu penses que ça ne sert à rien, qu’il suffit de s’enregistrer, c’est que tu n’as jamais entendu John chanter.

Les idées d’un père conscient des réalités du foyer et soucieux du confort de sa famille ? Manifestement. Mais aussi d’un père tenté de résoudre par la technologie une certaine culpabilité de ne pas être aussi disponible qu’il le voudrait ? Probablement.

2. Sa paternité l’a convaincu de mettre en place une culture d’entreprise équilibrée

Jonathan a mûri en tant qu’entrepreneur en même temps qu’en tant que parent. Son projet n’a pas immédiatement connu l’hypercroissance. Mais il avait une vision, et des investisseurs qui le suivaient. Son équipe s’est élargie. Sa famille aussi, avec la naissance d’un deuxième petit garçon 3 ans après le premier.

Le deuxième enfant, c’est un peu comme le dixième salarié : avant, tu peux gérer comme ça vient, tu peux improviser. Après, tu n’as pas d’autre choix que de t’organiser, de définir clairement la philosophie de la « maison ». Celle des maisons de Jonathan, la voici :

« Avoir envie de se lever le matin pour aller là où on va. Avoir envie de partir le soir pour rentrer là où on rentre. » C’est clair. C’est beau. Ça se concrétise par exemple en 2 règles dans son entreprise :

  • Le cadeau de Noël personnalisé. Jusqu’à récemment, Jonathan et son associé Clément ont répété chaque année le même exercice : acheter pour chacun des salariés de PeopleDoc un cadeau personnalisé. C’est une démonstration de l’importance accordée par l’entreprise à l’épanouissement personnel de chaque collaborateur.
  • Pas de mails après 19h, ni le week-end. Pour avoir une vie personnelle épanouie, il faut lui donner de l’espace. « On ne sauve pas des vies » comme le dit Jonathan. Le message que tu veux envoyer peut attendre le moment où ses destinataires seront au travail, concentrés, et pas en train de vivre leur vie personnelle, de passer du temps avec leurs enfants, dérangés.

Une culture d’entreprise qui favorise la performance

PeopleDoc produit des solutions pour améliorer la vie des collaborateurs de leurs entreprises clientes. Le respect de l’épanouissement personnel des collaborateurs de PeopleDoc a certainement joué un rôle important dans la fidélité de leurs clients. Aucun n’a jamais résilié son contrat. Il est prouvé que la satisfaction des collaborateurs influe directement la satisfaction des clients.

Une culture d’entreprise qui valorise sa société

Tu l’as peut-être lu dans Les Echos cet été : PeopleDoc s’est fait racheter par la société américaine Ultimate Software pour la modique somme de 300 millions de dollars. Ultimate est aussi une entreprise très attachée au bien-être de ses collaborateurs qui bénéficient, entre autre, de 10 semaines de congé maternité et 4 semaines de congé paternité. Quand les dirigeant d’Ultimate ont étudié PeopleDoc, ils ont découvert non seulement un business tout à fait complémentaire du leur, mais aussi une culture parfaitement compatible. ils ne pouvaient pas passer à côté, quel que soit le prix à payer. Dans les négociations de dernière minute, ça a aidé.

3. Sa paternité épanouie lui a permis d’envisager sereinement le succès

Accepter de vendre sa boîte en échange d’une belle part d’un gros gâteau de 300 millions de dollars, ça peut paraître facile. Mais John a côtoyé suffisamment d’entrepreneurs « à succès » pour savoir qu’une grosse « sortie » n’est pas nécessairement synonyme de belle vie. On peut se perdre dans trop d’argent. Ne plus savoir où l’on veut aller, ni avec qui.

En prenant soin très tôt d’aligner sa vie de famille et sa carrière d’entrepreneur, Jonathan s’est assuré de consolider les fondations qui lui permettraient de continuer à construire le jour où son premier chantier professionnel passerait dans les mains d’un autre, ou s’écroulerait (c’était toujours une possibilité). Il a pu longuement discuter avec sa femme et ses fils de 6 et 9 ans de ce deal et de ce qu’il signifiait pour leur vie d’après. Il entame ainsi sereinement ce nouveau chapitre, avec moins de responsabilité, mais plus de temps (et de moyens) pour profiter de la vie en famille.

Une belle histoire, non ? Espérons que cet exemple amènera de plus en plus d’entreprises à comprendre que l’équilibre des collaborateurs et des dirigeants n’est pas un luxe d’entreprises qui réussissent, mais une condition même de la performance.

Crédit photo : Kelly Sikkema