L’évolution du père à travers l’Histoire, selon l’auteure de « L’instinct paternel »

Note sur la photo d’illustration : Ceci n’est pas un hipster mais un authentique papa vintage. La preuve ? A. Il n’a pas de barbe. B. Il fume en portant un bébé, ce qui n’est pas très bio.

La maman de « L’instinct paternel »

Christine Castelain-Meunier est sociologue au CNRS, spécialiste des transformations du masculin et du féminin. Depuis les années 80, elle est allée à la rencontre de centaines de papas, d’associations et d’autres scientifiques pour tenter de répondre à la lancinante question : « Que devient le père ? ». Elle a partagé ses découvertes dans de nombreux ouvrages, et même soufflé à Ségolène Royal l’idée de créer, en 2002, le congé paternité.

En 2019, elle a publié L’instinct paternel – plaidoyer en faveur des nouveaux pères, avec en couverture la mignonne photo d’un papa qui prend son bébé pour un violon. Un livre très riche, documenté et plein d’idées. Passionnant pour quiconque s’intéresse à la question sociale de la paternité : ses transformations, ses aspirations, ses complexes.

On est heureux d’avoir pu en discuter avec elle, et de vous rapporter cette brève Histoire (avec un grand H) de la paternité selon Christine Castelain-Meunier.

1. Préhistoire : chasseur-CUEILLEUR au foyer 🔥

Longtemps, les anthropologues ont eu tendance à plaquer leurs propres stéréotypes sociaux sur les sociétés anciennes qu’ils étudiaient. Résultat : le cliché tenace de l’homme préhistorique qui part chasser, pendant que la femme préhistorique (préalablement assommée par son primitif prétendant) s’occupe des enfants dans la grotte.

Les recherches récentes dressent un tableau plus nuancé des rapport femmes-hommes dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. La procréation était un processus mystérieux et l’harmonie avec l’environnement naturel un facteur de survie essentiel. La féminité, comme la nature, était donc plutôt vénérée que soumise et exploitée.

Aussi, sans propriété privée, pas d’héritage. Donc nul besoin de filiation bien déterminée. Le clan tout entier, femmes et hommes (et grands-parents), était chargé de l’éducation de tous ses enfants. Les hommes de la tribu des Akas, une tribu millénaire de chasseurs-cueilleurs d’Afrique Centrale, ont ainsi été élus « meilleurs papas du monde » par The Guardian en 2005, en récompense de leur implication inégalée dans le soin de enfants.

2. Néolithique : les racines du patriarcat 🌾

Avec la sédentarisation et la révolution agricole, la société semble se hiérarchiser : la nature est domestiquée, la force physique nécessaire aux travaux des champs prend le pas sur l’intuition et l’harmonie avec la nature.

L’enjeu devient, au fil des générations, de développer son patrimoine de terres et de bêtes. « Patrimoine » : le mot dit tout. Il est issu du latin patrimonium qui signifie littéralement « héritage du père ». La paternité n’est plus seulement un rapport biologique entre le père et son bébé, ni un rapport relationnel entre un homme et un enfant. Elle devient aussi, et surtout, un pilier central des rapports de force dans la société, au détriment des droits des femmes.

3. Antiquité : Pater Deus 🧖🏻‍♂️

Les sociétés antiques sont hiérarchisées à l’extrême. Les hommes libres, puis les femmes, puis les esclaves. La transmission des biens et des pouvoirs passe exclusivement par le père qui, dans la Rome Antique, a tout pouvoir sur sa famille, jusqu’à décider qui en fait partie ou non. Chaque nouveau-né du domum est posé à terre devant le paterfamilias qui, en le soulevant ou en l’abandonnant, détermine s’il en accepte la filiation, ou si l’enfant sera abandonné à l’esclavage (au mieux) ou à l’absence de soin.

Toutefois, précise Christine Castelain-Meunier dans L’instinct paternel : « Les pouvoirs du père, exorbitants à première analyse, étaient tempérés par les mœurs qui rendaient le père responsable de l’entretien, de l’éducation et de la moralité de ses enfants ; par la religion qui considérait la puissance paternelle comme un devoir pour le père ; par les usages qui s’opposaient aux abus de l’autorité et aussi par l’amour du père pour ses enfants. »

4. Moyen Âge : paternité à deux vitesses 🤴👨‍🌾

Dans le Moyen Âge européen, la question de l’héritage par le père reste centrale. En particulier pour la transmission des titres (cf. « Le choix du roi » : un garçon en premier né pour s’assurer un successeur). On ne peut fonder de famille qu’en passant par le mariage religieux, et le comportement « chaste » de la mère est supposé garantir la filiation du père.

Le papa moyenâgeux ne jouit pas d’une excellente réputation. À juste titre peut-être pour ce qui est des classes privilégiées, peu enclines à pouponner et nullement intéressées par les thories de « l’éducation bienveillante« . Mais l’historien Didier Lett relève que les paysans moyenâgeux avaient plus de fibre paternelle qu’on ne pourrait le croire : « ils changeaient les couches et s’occupaient des enfants, notamment lorsqu’ils les emmenaient avec eux dans les champs« .

5. Révolution française : avant / après 💥

La Révolution française marque la fin de cet « âge d’or » du patriarche juridiquement tout puissant sur sa progéniture. Le père perd le droit de déshériter ses enfants. Il ne peut plus favoriser l’aîné par rapport aux cadets, les garçons par rapport aux filles, ou simplement les plus dociles par rapport à ceux qui l’ont saoulé. Et quand les enfants atteignent leur majorité, le père n’a plus aucun pouvoir légal sur eux.

Pour ce qui est de modérer le pouvoir des pères sur leur épouse, il faudra encore attendre quelques siècles…

6. Révolution industrielle : Maison Vs. Usine 🏭

Avec la Révolution industrielle s’installe la dissociation entre le lieu de travail – sphère publique, régie par les hommes – et le lieu de vie – sphère privée, responsabilité des femmes. Le père pourvoyeur économique part travailler. Tandis que la mère nourricière et éducatrice reste s’occuper des enfants et du foyer.

À la même époque, on théorise en psychologie sur le père forcément distant et autoritaire et la mère évidemment affectueuse. On imagine en anthropologie des sociétés préhistoriques où l’homme part chasser et la femme reste dans la grotte (cf. point 1). Comme si on essayait de se convaincre qu’il est naturel que les hommes laissent leur famille pour aller faire tourner les usines…

7. Émancipation féminine et société post-industrielle : le père à tâton 🤞

Depuis le XXème siècle et jusqu’à nos jours, on assiste à l’effacement progressif des derniers vestiges juridiques du patriarcat : droit de vote des femmes, fin de la tutelle du mari sur son épouse, autorité parentale partagée entre le père et la mère, planning familial, etc.

Dans le même temps, le contexte économique évolue et rend progressivement obsolètes les pratiques domestiques issues de la Révolution industrielle : importance croissante du travail des femmes, essor des services, travail à distance, valorisation des compétences interpersonnelles et créatives…

Et le père dans tout ça ? Il fait le tri parmi les injonctions de cette « masculinité » héritée de l’Histoire. Il cherche sa place dans la sphère privée du foyer, et tâche d’ouvrir la sphère publique aux femmes. On casse les stéréotypes périmés, et l’on tâche d’en construire de nouveaux, plus en phase avec les aspirations et besoins de la nouvelle génération de pères et de parents. « La paternité relationnelle prend le pas sur la paternité institutionnelle » résume Christine Castelain-Meunier.

Mais cette évolution ne va pas sans heurts. Au fil de ses recherches, Christine Castelain-Meunier a été témoin des succès, mais aussi des difficultés de ces « nouveaux pères ». Elle conclue donc L’instinct paternel sur 10 propositions pour consolider la paternité contemporaine. Prolonger le congé paternité, bien sûr. Mais aussi développer les compétences d’empathie chez les hommes, ou promouvoir la démocratie de l’intime. Et, pour porter ces mesures, elle propose carrément de créer un ministère des Droits des hommes. Parce que les hommes aussi ont besoin de soutien sur le chemin d’une égalité réelle entre les femmes et les hommes.

On y croit.

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Photo : The Joy of Film

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