Pour être plus productif au travail : deviens papa !

Et je m’y connais en productivité

Je suis Guillaume Declair et, l’année dernière, j’ai écrit un bouquin : la 25e Heure. Avec mes deux co-auteurs, on a demandé à 200 entrepreneurs leurs conseils de productivité, pour travailler un peu moins et profiter un peu plus de la vie. On a eu plein de super retours de lecteurs, mais celui qui m’a le plus interpellé, c’est celui des jeunes parents. C’était toujours plus ou moins une variante de la phrase suivante : “C’est dommage que tu ne parles pas du tout de parentalité dans ton livre. Parce que moi, ce qui m’a rendu vraiment productif au boulot, c’est d’être devenu papa (ou maman)”.

 

J’en suis le premier témoin – je suis devenu beaucoup plus productif depuis la naissance de ma petite fille il y a deux ans. J’accomplis autant, mais je travaille moins pour deux raisons :

  1. Comme tout papa qui fait sa part du job, je vais déposer ou vais chercher ma fille à la crèche au moins un jour sur deux. Mon temps de présence au bureau a donc mécaniquement diminué de 10 à 20%. Et impossible d’être en retard d’une minute, je n’ai pas trop envie que ma fille m’attende au commissariat après la fermeture de la crèche (j’ai du mal à croire qu’ils aillent jusque là, mais en théorie ils ont le droit, et j’ai moyennement envie de les tester 🙂 )
  2. Je ne travaille quasiment plus jamais quand je suis chez moi et que ma fille n’est pas au lit. Si j’essaie de répondre à un e-mail, elle sait vite me faire comprendre que j’ai plutôt intérêt à m’occuper d’elle – je me demande comment elle a fait pour trouver aussi rapidement le bouton off de mon Mac.

C’est logique

Tu connais peut-être la loi de Parkinson, du nom de l’historien britannique qui l’a constatée dans le monde de l’administration : « le travail s’étale toujours de façon à occuper le temps disponible pour sa réalisation ». Avec l’arrivée d’un enfant, tu as la réciproque : ton temps de travail se contracte pour accomplir les mêmes tâches qu’avant.

Bon, on ne va pas se mentir, il y a des jours sans : tu n’as pas dormi de la nuit parce que ton bébé s’est levé quinze fois, tu dois rester chez toi t’occuper de lui parce qu’il est malade, tu dois poser une demi-journée pour l’emmener chez le médecin…

Mais au-delà de ça, petit à petit, tu apprends à t’organiser : tu refuses d’aller à cette conférence intéressante mais au fond un peu inutile, tu ne passes plus de temps à glander sur Facebook avant de commencer à bosser, tu arrêtes de passer vingt minutes à la machine à café tous les matins, etc. (et peut-être même que tu as acheté la 25e Heure 🙂 ).

La vie de parent te fait aussi probablement gagner en rigueur. Avant, pour sortir de chez toi, tu mettais un manteau et tu essayais de ne pas oublier ton argent ni tes clefs. Avec un bébé, tu dois réunir un équipement précis selon la météo, l’horaire de sortie, l’horaire de retour prévu, l’endroit visité, etc. Il y a des chances que tes capacités générales d’anticipation et de préparation en sortent améliorées.

C’est prouvé !

Sur le long terme, ça fait la différence. Une étude menée sur plus de 10 000 chercheurs en économie a comparé la production des parents et des non parents, en regardant à la fois le nombre et la qualité de leurs papiers (jugée en fonction des journaux de publications). Résultat : aucune différence statistiquement représentative entre les économistes avec enfants ou sans enfants. Donc, si on prend en compte le fait que les parents doivent accorder beaucoup de temps à leur progéniture et travaillent a priori moins d’heures chaque semaine, ils ont une productivité horaire supérieure à la moyenne.

D’ailleurs, dans l’étude, cette conclusion est valable pour les pères et pour les mères, ce qui devrait théoriquement démonter pas mal de préjugés chez les employeurs réticents à employer ou faire avancer la carrière des mamans. Pourtant, si l’on croit cette étude de 2012 de l’OCDE, on voit que la “pénalité” salariale d’être maman est en moyenne de 12% en France (i.e. pas de différence de salaire homme-femme dans les familles sans enfant, mais 12% de différence dans les familles avec enfants). Les employeurs estiment à juste titre que les mamans travailleront moins que les femmes sans enfants. Ils oublient simplement de prendre en compte le fait qu’elles travailleront mieux. Et que la nouvelle génération de papa assumera aussi sa part des tâches parentales. Fin de la parenthèse féministe.

Pas de complexe papa !

Tu vas me dire que « chercheur en économie », ce n’est pas forcément le job le plus intensif du monde. Si ça se trouve, ils ont déjà plein de temps libre. Tu pourrais leur coller trois enfants dans les bras, il leur resterait toujours autant de temps pour travailler. Ce n’est peut-être pas faux (même si ce n’est pas très sympa pour les chercheurs en économie), mais j’ai aussi rencontré des entrepreneurs qui m’ont raconté comment être parent les rendait plus efficaces. En les forçant à mieux structurer leur agenda, à respirer régulièrement plutôt que rester trop longtemps la tête sous l’eau, à remettre leurs problèmes en perspective aussi.

Quand tu es jeune père et que tu éteins ton ordi à 18h pour aller à la crèche alors que tes collègues sont encore tous au bureau, tu as tendance à culpabiliser un peu. Idem quand tu dois poser une journée à la dernière minute pour s’occuper de ton enfant qui a la varicelle. Mais arrête avec ça. Aie la conscience tranquille. Toi, tu n’as pas passé une heure à regarder varier le Bitcoin sur Coinbase et tu as priorisé les trucs vraiment importants. Et puis, dans une vie, une heure passée avec ta fille ou ton garçon, ça compte quand même un peu plus qu’une heure de réunion.

 

Par Guillaume Declair, rédacteur invité
Guillaume est entrepreneur et auteur de la 25e Heure. Mais ce à quoi il consacre le plus de temps, c’est sa petite fille de deux ans. Parce que même s’il aime bien faire les choses plus vite que les autres, elle lui a fait assez vite comprendre qui allait dicter le rythme.

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Crédit photo : Hari Nandakumar