Crier sur ses enfants serait aussi efficace que klaxonner au volant

Pour lutter contre les désagréments variés de la circulation urbaine, on peut jouer du klaxon

Bien appuyé, ça te détend un conducteur. Néanmoins, sauf en cas de danger immédiat, ça ne résout pas grand-chose. Le conducteur klaxonné, trop lent ou mal placé, est poussé à la faute par le stress. Les piétons et riverains sont incommodés. Le klaxonneur lui-même se retrouve entraîné dans une escalade d’incivilité sonore qui peut aboutir sur un “Tu vas la bouger ta poubelle, c*****d !”, déclamé en public, fenêtre ouverte, pas chic.

Et bien, de plus en plus d’études scientifiques le démontrent : crier sur ses enfants pour les éduquer a autant d’efficacité que klaxonner sur les autres automobilistes pour leur apprendre à conduire. La psychologue Dr. Laura Markham décortique dans ses ouvrages et articles (en anglais) l’impact des cris des parents sur le cerveau d’un enfant. Voici ce qu’elle nous apprend.

“Se figer, combattre, ou fuir”, au lieu de communiquer

Quand le ton monte brutalement, le cerveau de l’enfant libère les neurotransmetteurs du mode “danger”. Il part se cacher, frappe ou se fige comme une biche aveuglée par les phares d’une voiture. Dans cet état d’alerte, l’enfant ne peut ni se calmer, ni comprendre les raisons pour lesquelles il se fait réprimander, même s’il acquiesce mécaniquement.

De même que klaxonner, crier est utile pour déclencher un réflexe d’alerte en cas de danger immédiat. Mais explication et apprentissage ne peuvent avoir lieu que quand le cerveau de l’enfant est repassé en mode “sécurité”.

 

L’adulte, un (impressionnant) modèle

Une personne de 2 fois ta taille, 5 fois ton poids, qui a le contrôle absolu sur ton toit, ta nourriture et ta dose d’amour quotidienne, ce n’est pas forcément rassurant. Alors quand un parent adopte en plus un comportement explicitement menaçant (i.e. crie), cela devient carrément flippant.

Si les parents crient trop souvent, les enfants gèrent leur peur en normalisant ce comportement. Résultat, ils sont de moins en moins impressionnés par les réprimandes et crient eux-mêmes de plus en plus. Les parents doivent être des modèles de contrôle de soi, s’ils veulent des enfants capables de se contrôler.

Affirme autrement ton autorité

Le petit bébé n’a pas de malice. Il n’agit que pour obtenir le biberon/sommeil/câlin dont il a vraiment besoin. Difficile de mettre le doigt sur la transition de “bébé inconscient de lui-même qui crache sa purée” à “petit enfant qui affirme son identité en s’enfonçant un bâtonnet de poisson pané dans l’oreille”.

En s’imposant la discipline de ne pas crier, on peut installer, dès le plus jeune âge de l’enfant, une autorité basée sur la confiance, par l’explication patiente et l’inlassable répétition. Crier dégrade la confiance, et donc l’autorité.

Même quand il est clair que ce(tte) petit(e) relou teste tes limites, il est préférable de désamorcer la situation par l’explication, et une bonne vanne.

 

Tu peux craquer, et t’excuser

Cela arrive à tout le monde. Tu n’as pas connu un réveil après 6h30 depuis 3 mois et demi. Tu y tenais à cette BD dédicacée par l’auteur, désormais dédicacée à chaque page par un tampon Peppa Pig. Alors tu cries un peu, voire beaucoup.

Tu n’auras pas de contravention. À l’inverse du klaxon urbain, le hurlement éducatif n’est pas interdit par la loi. Cela ne détruira pas instantanément une relation de confiance patiemment construite. Mais cela ne sera “une bonne leçon” que si tu prends le temps, une fois calmé, d’expliquer pourquoi et comment tu t’es mis en colère, et de demander pardon. Comme tu voudrais que ton enfant le fasse la prochaine fois qu’il piquera une crise.

Crédit photo : Norbert Levajsics