Il a testé les congés paternités en Norvège VS en France

Tristan Champion a vécu un congé paternité français ET un congé paternité norvégien. Comparatif des 2 expériences…

2 pays, 2 ambiances

Oslo est à deux heures d’avion de Paris, mais quand un enfant naît, c’est deux décennies qui nous séparent. Surtout pour nous, les pères. Avec mon fils né à Paris en 2014 et ma fille à Oslo en 2017, j’ai fait les deux expériences.

À ma gauche, la France, poids léger. À ma droite la Norvège, poids lourd…

Omelette de fromage français

Pour mon premier enfant j’ai pris onze jours et retour au travail. Honnêtement, j’ignorais qu’on pouvait prendre quelques semaines ou quelques mois pour s’occuper de son enfant. Peut-être qu’une publicité dans le métro du ministère de l’égalité avec une image d’un père heureux, son bébé et un slogan « Futur papa, marre du RER A ? Reste chez toi » m’aurait convaincu de tenter le congé parental. Mais mon entourage ne m’en avait pas parlé. Mon entreprise ne m’avait pas renseigné sur mes possibilités. Mes amis n’avaient jamais pris plus des onze jours de congé paternité « standard ».

Franchement, je n’allais pas m’aventurer dans des territoires inconnus qui pouvaient ralentir ma carrière et endommager ma virilité. On ne m’y avait pas préparé. Et puis, économiquement, il aurait fallu piocher dans le livret A pour payer le loyer parisien pendant la période. J’ai fait le non-choix de rester debout dans le métro et de faire comme 96% des papas français qui ne prennent pas plus que les onze jours.

Omelette norvégienne

Mon train-train quotidien a bien changé quand je suis arrivé à Oslo. Ici, on fait des enfants pour s’en occuper, c’est la dictature norvégienne du bonheur. Une dictature bienveillante. La société viking se plie en quatre pour te faciliter la vie de papa. En tant que cadre, je finis le boulot à 16h30 pour pouvoir chercher mon fils à la crèche. J’y retrouve souvent d’autres papas. Il est mal vu de faire chercher ses enfants par des babysitters alors je me force et je pars tôt du boulot.

A la naissance de ma deuxième, j’ai découvert le concept du vrai congé parental. Celui qui te permet de conserver ton salaire pendant plusieurs mois pour t’occuper de ton enfant à la maison. Ma femme et moi avions droit à 10 mois à se partager, dont 2 mois et demi attribués au père, ou perdus. C’est le quota minimum. Le gouvernement norvégien veut s’assurer que les hommes aussi s’impliquent dans l’éducation de l’enfant. Moins étonnant dans ces conditions que 70% des pères prennent au moins trois mois de congé à la naissance de leur enfant.

T’as pris combien ?

Dès que ma femme est tombée enceinte, j’ai senti une pression de la société. Tout le monde me demandait « combien de mois tu vas prendre ? ». Beaucoup d’amis norvégiens me racontaient leurs expériences avec des étoiles dans les yeux. « C’est qu’une ou deux fois dans ta vie que ça arrive, faut absolument que tu en profites. Fais comme moi prends 4 mois !».

Ma belle-famille, attachée aux questions égalitaires, m’encourageait aussi à partager équitablement les 10 mois. « Tu vas pas tout laisser à Louise ». Le personnel médical pour les visites pré-natales m’expliquait que c’était « positif » pour l’enfant d’avoir un père qui puisse prendre un long congé. Enfin, plus surprenant, ma manager m’avait dit « surtout fais comme tu le souhaites » et la responsable des ressources humaines trouvaient que ces derniers mois « les hommes de l’entreprise n’avaient pas pris assez de congés. »

Contrairement à la France, il était clairement attendu de moi que je prenne beaucoup de responsabilité à la maison. Dans un coin de ma tête, j’avais un peu l’impression de « faire un truc de meuf » en m’embarquant là-dedans : changer les couches tous les jours, faire la purée, le bain, les promenades. Mais en même temps l’expérience de mes amis m’avait donné envie d’essayer. Et après tout, si tout le monde le fait…

On en a beaucoup discuté, et on a décidé de faire moitié-moitié. J’ai pris 5 mois de congé parentaux comme ma femme. Elle a conduit la locomotive les cinq premiers mois puis j’ai pris le relais. J’arrive à la moitié de ces cinq mois aujourd’hui. De co-pilote, je suis passé à pilote.

#TeamCongéPaternité

Mon premier stress, c’était la solitude. Seul avec bébé en mode monologue à changer les couches et donner le biberon. Mais ici, c’est presqu’une expérience collective. D’abord j’ai autour de mois quelques amis, français et norvégiens de mon âge qui sont aussi en congés. Entre deux cafés voire deux bières, on se fait des ballades ensemble, en poussettes, dans les montagnes, les fjords, à la plage, etc.

On est tellement dans mon cas, que je pense lancer un mini club de foot pour pères en congé paternité. Tu viendrais en matinée avec ta poussette et tes crampons, et le match commencerait pendant la sieste des bébés. Les règles seraient :

  • Les règles normales du foot sauf que…
  • Quand ton bébé se réveille, tu dois sortir du terrain
  • Le match continue jusqu’à ce que tous les joueurs d’une équipe soient « éliminés »

Un « baby foot » en définitive, au sens beaucoup plus littéral que le foot sur table que l’on connaît.

J’ai même des publicités personnalisées pour me mettre en contact avec d’autres pères dans mon quartier. Mon Facebook me dit « Journée des papas demain à la crèche de Sofienberg. Venez avec vos bébés, le repas est offert par la mairie ». L’expérience valait le détour, 20 hommes vikings et 20 couffins qui se marrent ensemble. Chants, massage de bébé, jeux en tout genre, le papa viking est surprenant. Surtout il est décomplexé, aucune honte ou timidité, aucun enjeu de virilité. Vraiment, c’est la photo de tous ces hommes à la crèche que le ministère devrait afficher dans le RER A.

Verdict

Au départ, j’avoue que l’idée de passer autant de temps en tant que principal responsable d’un bébé me paraissait un rien cocasse. Au final, l’expérience est extrêmement positive.

J’ai appris à devenir plus patient, plus ordonné, plus communicatif avec ma femme aussi. Elle a arrêté de me demander un « rapport » de ce que ma fille a mangé et combien d’heures elle a dormi. Je me sens plus moderne. Je vis avec mon temps. À la maison, c’est moi qui élève ma fille. Je n’ai plus peur d’avoir mes propres opinions sur les sujets de puériculture.

Surtout, j’adore mes moments avec ma fille. Je me sens privilégié. Je la vois tous les jours ramper, tomber, sourire, pleurer, dormir, jouer, se réjouir, s’énerver, apprendre à taper dans les mains, à dire au revoir, à charmer, etc.

La Norvège mène au score sur le congé paternité. La balle est dans le camp français ?

Par Tristan Champion, rédacteur invité
Tristan a 33 ans, est marié et père de 2 enfants. Il est installé en Norvège depuis 3 ans. Après avoir vécu un congé paternité de 2 semaines à Paris, il est en train d'en vivre un de 20 semaines à Oslo, et le raconte sur son blog Barbe à Papa.

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Crédit photo : Flo Maderebner