Ce que vivent les pères : synthèse de 441 témoignages sur le congé paternité

À l’occasion de la dernière fête des pères, une coalition improvisée de 10 papas s’est fendu d’une tribune collective en faveur de l’allongement du congé paternité.

En plus de (re)lister les arguments pour un tel allongement, la tribune incitait les (futurs) pères à raconter comment eux avaient vécu (ou allait vivre) leur congé paternité.

Le Paternel a épluché les 441 témoignages reçus pour en extraire les enseignements principaux. Voici les résultats.

Qui a témoigné ?

Tout d’abord, la tribune ayant incité les (futurs) papas à « s’engager pour l’allongement du congé paternité », les réponses à notre appel à témoins émanent forcément (1.) de (futurs) pères, (2.) quasi unanimement favorables à l’allongement du congé paternité.

Un biais de recrutement ? Certes. Mais un biais facile à redresser : une étude de 2018 menée sur plus de 1000 jeunes parents français démontre que 52% des jeunes pères français estiment que le congé paternité devrait être allongé.

Notre enquête est donc représentative de l’expérience de congé paternité d’au moins la moitié des jeunes pères français (ceux qui pensent qu’il doit être allongé).

Ont-ils pu prendre plus de congé que le minimum légal ? Comment se sont-ils débrouillé ? Ou qu’est-ce qui les en a empêché ? Quels bénéfices en ont-ils retirés ou pensent-ils avoir manqués ? Plongeons-nous dans les données.

Ont-il réussi à prolonger leur propre congé paternité ?

Prouvant qu’ils ont une certaine suite dans les idées, la majorité des pères interrogés s’est débrouillée pour se bricoler un congé paternité allongé.

Une grande majorité des contributeurs ayant accepté de nous communiquer leur profession, il nous est possible de distinguer 2 groupes selon une estimation de leur niveau de confort financier et professionnel, classiquement qualifiées de « PCS+ » et « PCS- » (pour « Professions et Catégories Socioprofessionnelles »).

Les « PCS+ » sont assez nettement plus susceptibles d’avoir réussi à allonger leur propre congé paternité que les « PCS- ».

Ce qui leur a permis de prolonger leur congé

Les pères ayant eu l’opportunité de rester à la maison pendant un temps plus long que le congé paternité légal français citent un ou plusieurs des moyens suivants.

Le moyen le plus populaire pour se bricoler un congé paternité prolongé est donc d’économiser ses congés payés. Chapeau à ces papas qui ont sacrifié leurs vacances pour profiter d’un congé qui n’en est pas du tout, des vacances.

Loin derrière, mais tout de même assez populaire, nous trouvons la réduction d’activité : passer en temps partiel pour les salariés, ou limiter ses missions pour les indépendants. On pourrait presque ajouter les 8% de chômage à cette réduction d’activité, puisqu’une bonne partie des pères concernés font état d’un chômage volontaire. Quand on vous dit que ne pas allonger le congé paternité génère des coûts cachés difficiles à évaluer…

9% des pères interrogés ont eu recours au congé parental. Ce qui est plutôt cohérent avec les statistiques globales d’utilisation du congé parental. Démonstration :

  • 4% des hommes éligibles utilisent le congé parental ;
  • Sans trop extrapoler, on peut estimer que les hommes qui prennent un congé parental font tous partie des 53% de jeunes pères favorables à l’allongement du congé paternité ;
  • 4/53 = 8%. Soit presque 9%. CQFD.

Notons aussi l’effet d’aubaine du confinement pour certains qui, en télétravail ou non, ont apprécié l’opportunité d’être coincés avec leur petite famille pendant une période où ils n’avaient aucune envie de la quitter.

Enfin, 6% ont pu bénéficier d’un congé prolongé offert par leur employeur. Ils ne sont encore qu’une petite minorité, mais leur reconnaissance est palpable !

Ce qui les a empêché de prolonger leur congé

Voici les raisons invoquées par ceux qui n’ont pu prendre que le congé paternité légal, voire moins.

Que le blocage vienne de la hiérarchie (pression de l’employeur : « on m’a fait comprendre que ce n’était pas une option ») ou qu’il soit auto-imposé (Auto-censure professionnelle : « j’avais besoin de faire mes preuve ») la manière dont le congé du père est perçu dans l’entreprise joue un rôle majeur dans la possibilité ou non de prendre un congé paternité prolongé (ou même le congé paternité légal).

La seconde grande catégorie de freins à l’organisation d’un congé paternité prolongé est matérielle : pas de congés payés disponibles, pas d’argent de côté pour financer un congé sans solde ou réduire son activité. Il est intéressant de constater que le frein financier est loin de ne concerner que les PCS- : « il faut que j’assure les revenus du foyer » est une injonction bien ancrée chez les hommes de toutes les professions et catégories socio-professionnelles.

Dernière raison dans notre classement, mais elle concerne tout de même 16% des pères interrogés : « Je n’y ai pas pensé ». Évidemment. Il y a déjà suffisamment de choses à anticiper quand on va devenir parent pour ne pas avoir en plus à planifier sa petite révolution personnelle des congés liés à l’accueil d’un enfant.

Il y a pourtant tant à y gagner…

Les bénéfices, selon eux, d’un congé paternité prolongé

Quand on leur demande en quoi ce congé paternité prolongé a été (ou aurait pu être) bénéfique pour eux, pour leur bébé et pour leur famille, voici leurs réponses spontanées les plus fréquentes.

Ce qui revient le plus souvent, c’est le bonheur et la fierté de créer un lien avec son enfant dès ses premières semaines de vie. Cela illustre bien la transition d’une paternité institutionnelle à une paternité relationnelle, telle que décrite par la sociologue Christine Castelain-Meunier.

Le deuxième bénéfice d’un congé paternité le plus cité est de faciliter la convalescence de la maman. Cela répond assez bien à un des arguments fréquemment entendus contre le prolongement du congé paternité : « ce sont les femmes qui accouchent, et le congé maternité est fait pour leur permettre de se reposer ». Se reposer en s’occupant seule d’un nouveau-né ? Mhmm…

Les deux items suivants par ordre de popularité concernent la manière dont le couple traverse ensemble « l’épreuve » (terme souvent cité) de la découverte de la parentalité (ou du choc du deuxième, troisième, …, bébé). Selon respectivement 44% des pères interrogés, le congé paternité prolongé facilite la compréhension mutuelle dans le couple, et l’adaptation sans (trop de) heurts à la nouvelle vie de parents. Pour 38% d’entre eux, cela passe par la mise en place plus naturelle d’un partage des tâches équilibré qui permet d’éviter que « ce soit toujours à elle de se sacrifier » (dans le foyer, et dans sa vie professionnelle).

Notons enfin que 9% des pères estiment que leur congé prolongé a facilité la mise en place et le maintien de l’allaitement (qui reste bien sûr le choix de la maman). 5% constatent que cela leur a permis de mieux équilibrer leurs vies pro et perso. C’est important car, congé paternité prolongé ou pas, il y a bien un moment où il faut retourner bosser.

À lire aussi : une sélection de témoignages complets sur le blog Histoires de papas

Photo : Andrea Piacquadio