5 exercices pour préparer tes enfants à se perdre

Ça va t’arriver.

Bien sûr que tu fais super attention. Mais, un jour, il y aura un peu trop de foule, ou vous serez plusieurs et chacun croira que c’est un autre qui surveille, ou tu seras en train de t’occuper du Xième. Ton enfant suivra un pigeon, un sac plastique emporté par le vent, ou un étranger dont les genoux ressemblent vachement aux tiens. Et pouf, disparition.

Lui faire porter une montre GPS ? Pourquoi pas ? Mais c’est typiquement le gadget que l’on pense à mettre tout le temps, sauf le jour on en a besoin. Et puis l’épisode « Arkangel » de la saison 4 de Black Mirror nous a un peu traumatisé de ce genre d’équipement.

Le mieux, ça reste une bonne préparation. L’enfant entraîné aura les bons réflexes, ne paniquera pas trop, et sera moins traumatisé(e) que toi une fois que vous vous serez retrouvés. Voici 5 exercices pour faire de ton enfant un as de la réapparition.

1. Apprendre le vrai nom de « papa » et « maman »

Ton enfant l’a probablement déjà remarqué : personne d’autre que lui (et ses frères et soeurs, et peut-être sa mère, même si ça te crispe un peu) ne t’appelle « papa ». Il est temps de lui révéler ton « vrai » nom, prénom et nom de famille, et de l’entraîner à le prononcer.

Ça risque de te faire bizarre d’entendre ton enfant de 2-7 ans t’appeler par ton nom. Et plus tu lui montreras que ça te perturbe, plus ça l’amusera de le faire. Mais c’est le prix à payer pour lui permettre de donner des informations utiles aux adultes qui s’inquiéteraient de son sort quand il sera perdu.

2. Apprendre le numéro de « papa » ou « maman »

Plus dur : essayer de convaincre ton enfant de retenir une suite aléatoire de chiffres, permettant soi-disant à n’importe qui de te contacter.

Tu peux essayer d’en faire une comptine. Mais alors on te conseille de l’inclure très tôt dans son répertoire, histoire d’en faire un classique avant qu’il n’ait la capacité de réaliser que c’est une chanson toute pourrie. Ensuite, plus question de changer de numéro. Et puis ne t’étonne pas si ton enfant a des difficultés à compter dans l’ordre.

Non, pas « 0, 6, 3, … » : « 1, 2, 3, … »

Alternative plus simple : tu apprends à ton enfant à dire « Mon papa s’appelle [ton prénom et ton nom], il est sur Facebook ». Il faut juste avoir un compte sous ton vrai nom, et permettre aux inconnus de t’envoyer des messages. Et il faut assumer d’introduire Facebook dans la vie de ton enfant 10 ans avant qu’il soit en âge de se créer un compte. Mais bon, il parle déjà à la radio en disant « Ok Google », alors…

3. Premier réflexe : rester sur place et crier très fort

Pas trop besoin d’exercice pour ça. Rester à un endroit en hurlant, ils le font déjà quand le parc ferme, quand le bain est fini, quand il est l’heure de manger, quand ils ont marché sur un Lego, etc. Il faut juste qu’ils y pensent le jour où ils seront perdu. Rester sur place, crier et surtout :

  • Ne pas se cacher. Ça fait peur d’être perdu, mais se cacher ne fait que retarder encore plus les retrouvailles
  • Ne pas te chercher partout. Si l’enfant tourne dans le magasin/parc/parking en même temps que toi, vous risquez de vous rater pas mal de fois avant de vous re-croiser
  • Ne pas quitter l’endroit où vous vous êtes perdu. « Il a dû m’oublier dans ce Ikea, je vais aller voir si je retrouve la voiture sur le parking » est un TRÈS mauvais raisonnement. L’hypothèse de départ n’est pas forcément fausse (c’est stressant une visite chez Ikea), mais il vaut toujours mieux attendre

Précise bien de crier le plus fort possible. Et pourquoi pas « Papaaaaa ». Ça peut faire un peu plus peur à d’improbables kidnappeurs (ne précise pas ça à tes enfants). Et puis ça change du sempiternel « Mamaaaan ».

4. Savoir identifier un parent (ou une autorité locale)

En toute logique, l’exercice 3 va susciter l’intérêt de personnes bien intentionnées auprès de qui ton enfant pourra démontrer les compétences acquises dans les exercices 1 et 2.

Au cas où cela se serait pas spontanément le cas, tu peux apprendre à ton enfant à repérer les personnes de confiance dans un lieu donné :

  • Les employés d’un magasin ou d’un restaurant seront a priori particulièrement réactifs et équipés pour l’aider

« Le petit [son prénom] attend [ton prénom et ton nom], qui apparemment est sur Facebook, à l’accueil »

  • Un policier, puisque c’est littéralement son boulot de s’assurer que tout le monde est en sécurité
  • Un parent, que l’on repère parce qu’il ou elle est accompagné d’un ou plusieurs enfants. Mais pourquoi un parent ? Déjà, ce n’est a priori pas un ou une psychopathe puisqu’on lui a laissé le soin d’enfants. Et puis, il ou elle saura probablement mieux qu’un non parent comment réagir face à un enfant perdu.

5. Être certain que l’on va être retrouvé

Dans l’immense majorité des cas de toute façon, ces « mini-disparitions » se terminent bien et rapidement. Ton enfant ne doit pas l’oublier le jour il se perdra. C’est probablement la leçon la plus importante.

Tu n’es peut-être pas très à l’aise à l’idée d’aborder ce sujet avec tes enfants. Tu as peur qu’ils flippent et te réveillent la nuit pendant 3 semaines pour vérifier qu’ils ne sont pas perdus. Mais justement, ces exercices permettent à l’enfant de mieux maîtriser les enjeux d’une disparition (« ce n’est peut-être pas une si bonne blague que ça de me cacher dans ce buisson sans prévenir ») tout en étant moins effrayé à l’idée d’un jour se perdre.

Et, le jour où vous perdrez, puis vous retrouverez, essaie de ne pas sur-dramatiser la situation en criant sur ton enfant pour décompresser de ta montée de stress. A priori, il est déjà pas mal secoué. Rassure-le, et refais le point sur sa gestion de l’événement. Cela ne devrait pas se reproduire de sitôt !

Crédit photo : Annie Spratt