3 idées reçues sur les hommes qui veulent un congé paternité prolongé

6 minutes de lecture pour savoir quoi répondre à 3 questions pas faciles sur le congé paternité prolongé :

  • Prolonger le congé paternité : une idée de « bobos parisiens » ? Non. Un sondage récent démontre au contraire que les jeunes parents CSP+ d’Île de France se sentent moins concernés que la moyenne des jeunes parents français par l’évolution du congé paternité.
  • Le congé paternité prolongé : un luxe que la France n’a pas les moyens de financer ? Pas vraiment. Même en restant sur le terrain purement économique, les exemples norvégiens et sud-coréens indiquent que le coût du congé paternité prolongé peut être rentabilisé.
  • Prendre un long congé paternité, c’est un truc de mec sans ambition ? Oui, ce préjugé peut exister dans les entreprises, et freiner les élans paternels de pères qui ne veulent pas sacrifier leur carrière. Mais non, il n’y a aucun lien de cause à effet entre ambition et congé paternité, et quelques personnalités prennent la parole pour le rappeler.

 


 

Et il ne veut pas accoucher aussi, pendant qu’on y est ?

Non non, merci. Et pas allaiter non plus. En fait, la différence est très nette entre les tâches parentales que seule une mère peut assurer – porter l’enfant, accoucher et allaiter – et celles qui peuvent être partagées : tout le reste.

Une fois qu’on a dit ça, il reste quand même des interrogations légitimes vis-a-vis du congé paternité prolongé, et des hommes qui le prennent. On a fait des recherches sur 3 de ces hésitations, apparemment bien solides, et on s’est aperçu qu’elles étaient des idées reçues.

Tu as d’autres objections en tête ? n’hésite pas à venir en discuter avec nous sur Facebook.

1.  Le congé paternité, un truc de « bobos parisiens »

Soyons clair. J’assume ma proximité avec ce groupe socio-démographique, parfois décrié :

  • Je vis dans le Xème arrondissement (« Oh, encore un nouveau resto. »)
  • J’ai deux enfants et zéro voiture (mais j’ai des sièges auto)
  • Le parc public d’à côté est mon jardin (sauf que je n’ai pas à l’entretenir)
  • Je me déplace en trottinette électrique partagée (Uber, c’est so 2013)
Tout le monde peut être parisien

Du coup, quand je discute du fait que 60% des pères de la génération Y, partout dans le monde, estiment être impliqués à égalité dans les tâches parentales, ou quand je raconte mes 2 mois de congé paternité, on me rétorque souvent : « Oui mais ça c’est dans ton milieu« . Autrement dit « c’est bien un truc de gros bobos parisiens de vouloir s’impliquer dans sa paternité« .

Heureusement, une étude récemment menée par la faireparterie sur 1 000 jeunes parents français vient démontrer que l’aspiration au congé paternité prolongé n’est pas l’apanage d’une classe privilégiée. Au contraire.

On constate d’abord que les répondants de la catégorie PCS+ (chefs d’entreprises, artisans et commerçants, cadres, professions intellectuelles supérieures et professions intermédiaires) sont moins favorables à une évolution du congé paternité, prolongé ou rendu obligatoire, que les répondants PCS- :

Apparemment, depuis 1982, on ne dit plus « CSP »…

Et devine qui des parisiens ou des gens « en région » (il paraît qu’on ne doit plus dire « provincial » non plus) sont les plus chauds pour le changement ?

Record de « Il devrait être raccourci » pour l’IDF !

Il s’avère donc que les jeunes parents parisiens les plus favorisés se sentent moins concernés que la moyenne des français par l’évolution (positive) du congé paternité.

Aujourd’hui, un peu moins de 70% des hommes français prennent leurs 11 jours de congé paternité. 80% de ceux qui sont en CDI. 88% chez les fonctionnaires. Moins de 50% des salariés en CDD ! Ce n’est pas l’envie de s’impliquer dans l’arrivée d’un bébé qui manque chez les hommes, c’est la liberté de le faire sans déstabiliser leur situation professionnelle, surtout quand elle est précaire.

2.  Le congé paternité, faillite d’une société de fainéants

Dans « congé paternité », il y a « congé ». Davantage de congé, c’est moins de temps passé à travailler, donc moins de production, donc moins d’argent dans l’économie. Et, en plus, il faudrait rémunérer ce congé prolongé ? Nous n’avons pas les moyens d’un tel luxe. C’est la crise mon bon monsieur.

Déjà, un congé parental, ce n’est pas des vacances, loin de là. Et une plus grande implication parentale produit des bénéfices sociaux divers et variés. Mais, même en restant sur le terrain purement économique, un congé paternité de quelques mois peut assez facilement se rentabiliser :

  • Comme le souligne une représentante de l’équivalent norvégien du MEDEF, interrogée par Tristan Champion (un papa français en congé paternité norvégien), le taux d’emploi des femmes augmente avec la mise en place d’un congé paternité prolongé. En Norvège, 75% des hommes 72% des femmes participent à la production économique. En France, nous sommes à 68% d’hommes et 61% de femmes. Réduire cet écart, c’est maintenir dans l’emploi un grand nombre de femmes éduquées, expérimentées, qui sont aujourd’hui obligées d’arrêter de contribuer à notre économie.
  • Autre point intéressant de la même norvégienne : le congé paternité prolongé dynamise le marché de l’emploi. Un père qui prend un congé paternité de plusieurs mois doit en général être remplacé, quelle que soit son expertise ou sa séniorité. C’est autant d’opportunités de missions à haute valeur ajoutée, pour des plus jeunes, qui en sortiront formés, ou des freelances, qui bénéficieront d’une augmentation de la demande sur leur marché.
  • « Oui mais la Norvège ça ne compte pas, ils ont du pétrole ». Et si on parlait de la Corée du Sud ? Eux n’ont pas de pétrole, ils ont Samsung. Leur temps de travail hebdomadaire légal est de 52 heures. L’éthique de travail et l’ambition économique, ils connaissent. Et bien le gouvernement sud-coréen a mis en place des mesures pour favoriser le congé paternité prolongé, et se félicite de constater cette année une augmentation de 66% du nombre de pères qui choisissent d’en bénéficier. Le taux de natalité, aussi, est un indicateur économique important.
Faire des téléphones, c’est bien. Mais il ne faut pas oublier de faire des bébés.

3. Prendre un congé paternité, c’est manquer d’ambition

Je ne te jette pas la pierre, père. Il est encore difficile pour les hommes de combiner leurs élans paternels avec les signes extérieurs d’ambition nécessaires à une rapide progression professionnelle.

Quand la présence tardive est de mise et l’ambiance de vestiaire, on comprend l’homme qui hésite à se lever à 18h30 en disant « allez, bonne soirée, je vais récupérer mes enfants ». On peut même se demander si, dans des entreprises culturellement plus progressistes où la mixité hommes-femmes est bien intégrée, il ne serait pas plus facile d’être une mère impliquée (« C’est normal ») tout en voulant faire carrière (« Ça ne l’empêche pas de faire son job ») que d’être un homme ambitieux qui prend un long congé paternité (« Il veut devenir assistante maternelle Roger ? »).

Bonne nouvelle (au cas où tu en douterais), en Norvège (encore) ce sont les pères les plus éduqués qui prennent les plus longs congés paternité. Et de hauts cadres dirigeants n’hésitent pas à montrer l’exemple en communiquant publiquement sur leur long congé paternité.

Autre exemple proéminent de mec plutôt ambitieux qui prend 2 mois de congé paternité : Mark Zuckerberg. Tu peux penser ce que tu veux de son entreprise, c’est quand même plutôt chic pour un grand patron de poster ceci (en anglais dans le lien, et en français ci-dessous) sur Facebook, forcément :

 » Quand Max [sa première fille, NDLR] est née, j’ai pris deux mois de congé paternité. Je suis extrêmement heureux d’avoir pu passer tout ce temps avec elle pendant ses premiers mois de vie.

Une nouvelle petite fille est prévue pour bientôt, et je prévois de prendre à nouveau deux mois de congé paternité. Cette fois, je vais profiter de la possibilité offerte par Facebook de prendre le congé de manière morcelée [il ne manque pas l’occasion de préciser les modalités du congé parental de Facebook, NDLR]. Je prendrai d’abord un mois dès la naissance pour rester avec Priscilla et les filles, puis nous passerons tout le mois de décembre ensemble. Je suis impatient d’apprendre à connaître notre petite dernière, et d’emmener Max à l’aventure.

Facebook offre 4 mois de congé maternité et paternité, parce que les études montrent que prendre le temps de s’arrêter de travailler pour accueillir un nouveau-né est bénéfique pour tout la famille. Et je suis plutôt serein sur le fait que l’entreprise sera encore debout quand je reviendrai [heureusement pour August (sa deuxième fille), le scandale Cambridge Analytica n’a éclaté qu’en mars de l’année d’après, NDLR]. « 

Zuckerberg : Qui va avoir des guilis ? / Jarvis : Je pense que Max va avoir des guilis [Jarvis est l’assistant vocal que Mark Zuckerberg s’est bricolé lui-même, NDLR]
Est-ce qu’il déconnecte VRAIMENT ? Je ne sais pas. Je n’en suis pas certain. Ne serait-ce que parce que, pour lui, ouvrir Facebook (ce que les jeunes parents font plus que la moyenne), c’est déjà un peu bosser.

Tu as d’autres exemples de pères inspirants en congé paternité prolongé ? Viens nous en parler.

Crédit photo : Wesley Quinn