Comment correctement menacer ton enfant ?

« Maintenant tu vas faire ce que je te demande, sinon… »

Sinon quoi, au fait ? Qu’est-ce que tu vas faire si elle s’entête à choisir ses baskets neuves au lieu de ses vieilles bottes alors qu’il pleut des cordes ? S’il insiste pour chanter à tue-tête (littéralement) alors qu’il est (trop) tôt et que tout le quartier dort encore ? Si elle refuse de quitter le rayon jouet sans emporter un souvenir de cette mémorable visite du supermarché ?

Arrête de sauter dans les flaques, sinon…

Est-ce qu’il y a de bonnes et de mauvaises menaces ? Voyons déjà quelles formes de menaces ne sont clairement pas recommandées. Puis nous tâcherons d’identifier les caractéristiques des menaces « correctes ».

La menace gratuite est inefficace

Le professeur Jonathan Freedman a mené en 1965 une expérience visant à comparer l’efficacité auprès des enfants d’une interdiction formulée de manière plus ou moins menaçante.

Expérience « du robot », phase 1

40 garçons âgés de 7 à 10 ans ont participé à un premier entretien pendant lequel l’expérimentateur leur présentait 5 jouets à classer par ordre de préférence. Dont 4 jouets assez classiques. Et un robot télécommandé chromé, au top du cool des années 60. L’expérimentateur laissait ensuite les enfants seuls avec les jouets, en leur interdisant formellement de toucher au robot.

Pour la moitié des garçons, l’interdiction était communiquée de manière douce : « S’il te plaît ne touche pas au robot ». Pour l’autre moitié, de manière sévère : « Ne touche pas au robot sinon je vais me mettre très en colère ». Bilan : inefficacité égale puisque 2 enfants seulement ont résisté, et ils faisaient chacun partie d’un groupe différent.

Reconstitution approximative, avec un chamallow à la place du robot

Expérience « du robot », phase 2

Le chercheur ne s’est pas arrêté là. Il a voulu mesurer la différence d’impact à long terme des 2 formes d’interdiction : les mêmes enfants sont revenus 6 semaines plus tard pour un nouvel exercice. Ils ont été placés dans une pièce pour réaliser un dessin, avec toujours les 5 jouets dans un coin, et sans autre consigne que de s’occuper comme il le voulait une fois leur dessin terminé.

Les enfants à qui on avait dit « ça va barder si tu touches au robot » ont été beaucoup plus nombreux (77%) à rejouer avec le robot que les enfants qui avaient reçu une interdiction gentille (33%). Est-ce que l’interdiction sévère augmente l’attractivité de l’objet interdit ? Ou est-ce que l’interdiction gentille porte ses fruits à long terme ? On ne peut pas le dire parce que l’expérience n’a pas testé des enfants à qui l’on n’avait pas interdit du tout de jouer avec le robot.

En tout cas, on peut clairement en conclure que l’interdiction sans explication, quel que soit le degré de menace associée, ne fonctionne pas bien sur les enfants, surtout à court terme.

Le chantage affectif est contre-productif

Il y a des menaces dont on est plus certain de la dangerosité éducative, à court et à long terme : celles qui portent atteinte à l’identité de l’enfant et à sa relation avec le parent. De nombreuses études s’accordent en effet sur l’idée que, pour être efficace, la discipline doit être portée par un adulte qui a un solide lien affectif avec l’enfant.

« Tes bêtises ne m’empêchent pas de t’aimer »

En laissant entendre à l’enfant que la conséquence d’un acte donné sera d’être moins considéré, moins aimé, on obtient peut-être le résultat voulu à court terme (il ne touche pas au « robot »), mais on augmente à moyen et long terme le risque qu’il développe des comportements de dépendance et de stress (il a peur des « robots », et a besoin de l’autorisation de ses parents pour s’en approcher).

« Tu n’es pas ce que tu as fait »

Dans le même ordre d’idée, il est recommandé d’éviter les formulations qui pourraient amener l’enfant à s’identifier aux actions que l’on essaie de l’empêcher de faire. « Tu es un voleur de robot » Vs « Tu as commis un vol de robot ». Le jugement absolu, internalisé ou rejeté, pèse sur l’enfant et parasite sa communication avec le parent, alors que la caractérisation d’une bêtise la positionne comme un élément extérieur à la relation entre le parent et l’enfant.

Exemple d’un bon toutou qui a commis un vilain vol de biscuits pour chien

On ne négocie pas avec les terroristes

Que faire si, à l’inverse, c’est l’enfant qui tente un chantage affectif ? « Si tu ne me laisses pas toucher au robot, tu es méchant et je ne veux plus que tu sois mon papa. » Mieux vaut ne pas le prendre personnellement. L’important (éducativement), c’est que l’enfant se sache inconditionnellement soutenu. Tu peux quand même lui expliquer que ce genre d’ultimatum marche peut-être entre copains, mais pas avec toi. Toi, tu es son papa, tu l’aimes, et ça sera toujours comme ça.

Les 3 caractéristiques d’une « bonne » menace

« Sinon… » quoi du coup ? On a éliminé « sinon je ne serai pas content », « sinon je vais m’énerver grave », « sinon je ne t’aime plus » et « sinon t’es un(e) vilain(e) ». Reste l’explication claire des conséquences négatives d’un comportement inadéquat (perte d’un privilège ou de la jouissance d’un objet). Le genre de « menace » qu’on vit tous, chaque jour. « Déclare tes impôts à temps, sinon tu devras payer une majoration. » « Ne te gare pas ici, sinon tu devras aller chercher ta voiture à la fourrière. » « N’oublie notre anniversaire de mariage, sinon je vais faire la tête. » Etc.

Alors, une « bonne » menace est une menace :

1. Énoncée calmement et au bon moment

Tu auras beau avoir des arguments très pertinents, si tu les hurles sur ton enfant, il y a de grandes chances que, plutôt que de les assimiler, il passe en mode « danger » (se figer, combattre, ou fuir) et te mette un coup de pieds.

De même, si un enfant est en train de faire une crise, il n’entendra pas tes explications rationnelles sur les conséquences de ses actes. Laisse retomber la pression, mais n’oublie pas de discuter après-coup du déclencheur de la crise. « Si tu fais une crise pour un jouet à chaque fois que l’on va au supermarché, je ne pourrai plus t’emmener avec moi et te permettre de choisir tes gâteaux préférés (avec une bonne note sur Yuka bien sûr). »

2. Logiquement et proportionnellement liée au comportement sanctionné

La conséquence annoncée d’une conduite inadaptée doit pouvoir être comprise comme « naturelle ». « Si tu craches ta nourriture, c’est que tu ne veux plus manger, donc on ne va pas prendre de dessert ». L’ampleur de la sanction annoncée doit aussi être en phase avec le périmètre de la bêtise. Pour un repas perturbé, il semble par exemple inopportun de décréter « une semaine sans dessert ! »

On perçoit bien du coup la limite éducative de la fessée (sans même parler de son impact négatif sur l’estime de soi et la relation parent-enfant). Quelle logique à déclarer « dépêche toi de ranger tes jouets ou tu vas avoir une fessée » ? Aucune. À part si l’on veut inculquer à son enfant que les gens vont plus vite quand on leur tape dessus.

3. Applicable immédiatement et tolérable (pour l’enfant, et pour toi)

Les enfants ne sont pas forcément très bon pour flairer le bluff, mais ils ont tendance à souvent « payer pour voir ». Prépare toi à devoir mettre à exécution un certain nombre de conséquences annoncées. Il faut donc qu’elles soient simples à mettre en oeuvre, et qu’elles ne plongent pas ton enfant dans un désespoir trop durable.

Pour cela, la punition chronométrée est votre amie. Elle a fait avec sa trottinette la bêtise que tu lui avais demandé de ne pas faire ? Confisque lui pour 5 minutes, en lui montrant le chronomètre sur ton téléphone. « Quand ça sonne tu pourras la récupérer ». Il a reproduit au parc un geste que tu lui avais demandé de ne plus faire ? Asseyez-vous ensemble sur le banc pendant 3 minutes (chronométrée) et discutez de ce mauvais geste.

« Tu vas voir ce que papa va dire en rentrant » c’est fini !

Au regard des théories que l’on vient de survoler, il y a tellement de choses qui ne vont pas avec ce classique de la discipline traditionnelle qu’on pourrait en faire un jeu des 7 erreurs éducatives. Et toi, tu en vois combien ?

Mais, bien sûr, difficile en pratique d’être toujours au niveau de la théorie. Quelques fois, ça va sortir les « si tu continues, ça va barder », « ok, je te laisse ici » et autres « le Père Noël ne va pas être content ». Tant qu’on peut s’en apercevoir, s’en excuser, et chercher à mieux expliquer, ça devrait bien se passer.

Photo : Slim Emcee

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