10 idées pour être parent sans (trop) flinguer l’environnement

Mathilde Debenes est une entrepreneuse engagée pour la protection de l’environnement. Pourtant, Mathilde a des enfants. Contradictoire ? Peut-être. Heureusement, elle a quelques idées pour rendre un peu moins catastrophique le bilan carbone de nos petites familles.

Quand on a des enfants, découvrir le graphique ci-dessous peut provoquer des réactions variées : cas de conscience, haut-le-coeur, envie de casser son ordinateur, ou tentation de nier l’existence de cette fatidique dernière ligne.

publié fin 2018 par l’AFP

On finit par se prendre pour des champions de l’écologie quand tous les jours, consciencieusement, on mange de saison, on trie ses déchets, on évite les bain, et on éteint les lumières en sortant. Mais qu’est-ce qu’on apprend ? Que le premier comportement à modifier pour limiter le réchauffement climatique c’est… de faire moins d’enfants. Enfin, pas tout à fait : littéralement il s’agit « d’avoir un enfant en moins ». En moins par rapport à quoi, du coup ?

L’AFP n’est pas la seule à tenir ce discours. L’humoriste Chris Esquerre dit la même chose à sa façon. Humour grinçant garanti pendant 3’40.

(Les réponses des politiques sont assez géniales. On sent bien qu’ils sont motivés par l’urgence climatique…)

Logique, évidemment

La croissance démographique est l’une des causes de l’accélération du changement climatique, on le sait. On comprend assez facilement qu’à 10 milliards sur terre en 2050, tout (l’accès à l’eau, à la nourriture, au logement, au travail…) risque d’être un peu plus compliqué que lorsqu’on était 5 milliards en 1987.

Logique mais dérangeant, car la portée de ce renoncement n’est pas la même que celles des autres « sacrifices » tolérés par conscience écologique.

Je veux bien :

  • ne pas manger de tomate cerise à l’apéro en hiver
  • renoncer au Paris-Biarritz en 1h d’avion et le remplacer par 4h de train avec les enfants (4h c’est long, c’est très très long)
  • laisser ma voiture au garage même quand il pleut
  • prendre une douche un chrono à la main

Mais que le réchauffement climatique m’empêche d’avoir le nombre d’enfants que je désire ? Euh…. On devrait renoncer à la parentalité pour sauver le monde des enfants que l’on n’aura pas ? Les gouvernement des pays de l’OCDE ont pourtant l’air de plutôt s’inquiéter de la chute du taux de natalité. Si d’un seul coup tout le monde décide de faire un enfant de moins, la population humaine décline, et en quelques générations on disparaît, non ? Ce n’est pas ce que l’on essaie d’éviter ? Pas facile de s’y retrouver.

De l’individualisme à la citoyenneté

On aimerait se justifier en se disant que cela ne concerne que les pays qui n’ont pas opéré leur transition démographique. Ce serait oublier un peu vite que les émissions de gaz à effet de serre d’un petit occidental sont 5 à 10 fois supérieures à celles d’un enfant né dans un pays en voie de développement.

Pas trop possible donc d’esquiver la réalité et ce questionnement. Entre désir égoïste et devoir collectif, le choix n’est pas aisé…

Certaines femmes n’en veulent pas, d’enfants. Par « devoir écologique » ou par conviction. Et elles sont de plus en plus nombreuses. Ce seraient donc elles (et leurs conjoints) les champion(ne)s de la lutte contre le changement climatique !

Sauve tes grasses matinées, sauve le monde

 

Personnellement, je préfère reléguer à plus tard la réponse à la question initiale. Je me dis : ok, que faire pour réduire l’empreinte environnementale des enfants ? Ceux qui sont déjà là, pour le coup.

Peut-on (et comment) concilier parentalité et écologie ?

Les 10 commandements pour les 0-3 ans

1. Des couches écologiques tu adopteras

Niveau 1 : les couches jetables éco-responsables

Si on n’était pas déjà convaincus de leurs bénéfices pour les fesses de nos bambins, il nous reste à lire la dernière étude de l’ANSES sur la toxicité des couches dites « classiques » (ou, plus lisible, cet article de synthèse). Une ribambelle de pesticides, glyphosate et autres perturbateurs endocriniens enrobés dans du plastique, ça donne envie non ?

La marque Joone participe activement à cette révolution en couches-culottes. Voici aussi une liste d’autres marques éco-&-bébé-friendly. Et les maternités « en région » s’y mettent également. Ce n’est pas qu’un truc de bobos écolos parisiens.

Niveau 2 (ceinture noire de l’écologie) : les couches lavables

Un enfant utilise entre 3800 et 6500 couches jetables, de sa naissance à l’âge de la propreté. Beaucoup de déchets me direz-vous. À raison : cela représente 50% des déchets non recyclables d’un foyer de 4 personnes, 4,5 arbres coupés et 25 kg de plastique – soit 67 kg de pétrole brut – rien que ça.

Avec les couches lavables, adieu les déchets (enfin, sauf la partie la plus « organique ») ! Et si on ne veut pas s’embêter avec le moment moins glamour du lavage, on appelle « Ma Petite Couche » et ils s’en occupent pour toi !

Niveau 3 (un poil kamikaze) : la couche « à la chinoise »

L’origine de l’expression « craquer son slip » ?

Cette pratique, dite hygiène naturelle infantileperdure encore aujourd’hui dans plusieurs régions du monde. Les vêtements sont troués à l’entre-jambe, c’est économique et écologique. Culturellement en France, je ne crois pas qu’on soit prêts. À tenter en pleine campagne ou si vous êtes joueurs.

2. Du lait infantile bio à ton enfant tu donneras

Au rang des scandales sanitaires des dernières années, je demande les laits infantiles. 2018, grosse année pour le n°1 mondial des produits laitiers. Et ce n’est pas la seule entreprise concernée par les nombreux rappels de lots de lait infantile contaminés à la salmonelle…

Là encore, je passe au bio : Babybio, Premibio, Hipp, Holle, ou Biostime sont les marques que l’on trouve le plus fréquemment en magasin bio ou sur les mêmes sites que ceux indiqués pour les couches.

Il ne s’agit pas tant ici de réduire les déchets (même si tu peux toujours transformer les boîtes en instruments de musique pour les enfants, par exemple) que de favoriser un type d’élevage moins mauvais pour les sols, qui respecte la charte de l’agriculture biologique. Donc impact environnemental réduit et laits de meilleure qualité pour la santé de nos enfants 😉.

L’allaitement reste la solution la plus écologique. Pas nécessairement jusqu’aux 3 ans de l’enfant, on est d’accord (l’OMS recommande 6 mois en exclusif). Mais même quelques semaines, c’est autant de boîtes de lait non consommées.

3. Aux lingettes jetables tu renonceras

« Pourquoi tant de haine ? »

Parce que les lingettes  jetables – qu’elles soient pour enfant, démaquillantes, déodorantes, pour les ongles, pour l’entretien de la maison, de la machine à laver, pour le nettoyage des animaux (la créativité marketing est infinie…) – envahissent nos poubelles à hauteur de 23 kg par an. Ça ne se recycle pas et ça bouche les canalisations. Petite illustration :

« Mais c’est bien pratique quand même… » Oui mais.

Jusqu’à leur invention dans les années 2000 les bébés n’en étaient pas moins propres. Avant, on utilisait probablement moins de crèmes censées lutter contre le phénomène des fesses rouges (regardez la composition de ce best seller, et ne manquez pas la liste des excipients). Si on commençait par éviter de badigeonner lesdites fesses de produits chimiques, ça irait peut-être mieux.

Rien ne vaut un bon lavage à l’eau, suivi d’une application de liniment oléocalcaire (acheté en grand format, bio lui aussi, ou fait maison, encore mieux). Pour laver, on utilise soit des cotons (pas top pour la planète c’est vrai), soit un gant, soit des lingettes mais lavables.
Et au passage : gling gling gling économies.

4. Pour le reste du corps de bébé, des produits cosmétiques et d’hygiène bio tu appliqueras

On en trouve en pharmacie et dans les magasins bio. Les marques les plus courantes : Weleda, Catier, Lavera, Douce nature, Fleurance, Jonzac, Miel de Manouka, Dermaclay, Natessance, Coslys…

Tu vas voir que les rendez-vous pédiatre et dermato vont se faire moins fréquents.

5. Des petits plats maison tu leur mitonneras

Purées, soupes, compotes… Et de saison s’il vous plait !

Pourquoi s’embarquer dans cette aventure ?

  • D’abord on développe leur goût de manière simple, un ingrédient à la fois
  • Ensuite c’est sympa de préparer de bons petits plats, et tu peux même les impliquer
  • C’est moins cher
  • Et on préfèrera largement se faire cracher à la figure la purée de brocolis maison que le petit pot poireaux pommes de terre qui sent le plateau-repas d’hôpital

Bon, les petits pots tout prêts, on ne va pas se mentir, ça rend service. On les choisit bio bien sûr, dans des pots en verre que l’on recycle.

6. Aux compotes en gourde industrielles « bye-bye » tu diras

La compote en gourde, c’est l’ami des parents et des enfants, et même des grands enfants devenus adultes !

Par contre, c’est l’ennemi du Zéro Déchet. Pour 90 grammes de compote consommée, c’est 10 grammes de déchets générés.

On opte à la place pour des gourdes comme SQUIZ, qui se re-remplissent. Et on stocke dans ses placards des pots de 1kg de compote bio. 6€ la gourde de 130ml, achat en magasin bio ou sur internet.

C’est évidemment meilleur pour la santé et plus économique.

ET le niveau de satisfaction de l’enfant est intact, ouf !

7. La garde-robe des enfants tu recycleras

Feu Tale me, une jolie boutique belge, permettait (on me souffle à l’oreillette qu’ils ont récemment fermé boutique sans trop prévenir) de louer des vêtements à partir de 19€ par mois, pour les bambins, de la naissance à 8 ans, et pour les femmes enceintes. La sélection permettait de concilier fashion et développement durable (avec des marques comme 1083, Patagonia…). On va regretter cette bonne alternative à la petite combi qui coûte un rein et qu’il ou elle portera 3 mois !

Et puis ça semblait très Marie Kondo-compatible. Reste l’option d’acheter d’occasion et de recycler en revendant, en donnant, ou en gardant bien rangé pour le suivant.

8. Une Écolo-Crèche tu chercheras

Un peu comme le bio pour les légumes, le label « Ecolo-Crèche » atteste d’une démarche écologique entamée par la crèche : réduction de l’impact environnemental de ses activités, amélioration de la qualité de vie des enfants et de l’équipe, repas de saison avec des produits locaux, entretien de l’espace collectif avec des produits non toxiques, matériaux plus durables, activités de sensibilisation pour les enfants… C’est pas beau ça ?

Pour l’instant, peu de crèches de l’hexagone sont labellisées (300 sur 12 000) mais ce n’est une question de temps avant que cela ne prenne de l’ampleur et que vous en trouviez une facilement à côté de chez vous.

Si on a l’opportunité, pourquoi pas ?

9. Pour les jouets, l’approche « Less (plastique) is more (fun) » tu t’approprieras

Toi aussi tu pleures devant l’avalanche de plastique qui inonde le salon tous les 25 Décembre grâce à ce si généreux Père Noël ? Alors quelles solutions ?

  • Faire ce à quoi même Florence Foresti a renoncé : ne tolérer que des jouets en bois, à nos risques et périls
  • Vider et trier régulièrement son intérieur et confier le trop plein de jeux à Re-joué, une association qui récupère et revend des jouets ayant déjà servis ?
  • Limiter drastiquement les jouets entrant dans le domicile parental

Sur ce point, j’ai complètement renoncé. Ce ne sont pas tant les enfants le problème, c’est la famille 🙃.

10. Une bonne bouteille de vin pour te récompenser tu boiras

En biodynamie, et avec modération, bien sûr 🙂


 

Au delà des nombreux bénéfices santé pour nos enfants, suivre ces commandements permet de réduire l’usage du plastique, limiter la génération de déchets, s’inscrire dans des boucles d’économies circulaires et refuser peu à peu tous les produits chimiques (souvent toxiques) que l’on trouve partout dans le monde merveilleux de bébé.

Les économies réalisées sur certains postes de dépense permettent d’absorber le surcoût des autres.

Cela ne suffit évidemment pas à compenser les émissions de gaz à effet de serre générées par un petit humain supplémentaire, mais c’est une façon de les limiter et, surtout, de commencer à sensibiliser les bambins sur ces sujets.

Car rappelons que, si notre génération est déjà sacrément dans la panade, pour celle de nos enfants… cela risque d’être pire.

Par Mathilde Debenes, rédactrice invitée

Mathilde est une maman de deux enfants qui se lance dans le projet fou d'aider tout un chacun à opérer sa transition écologique, en particulier les entreprises. Et, parce que la situation est grave, elle choisit d'en rire mais surtout d'agir.

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